Pour certaines femmes, il ne s’agit pas de lutter pour obtenir un droit : il est naturel de le posséder. Les êtres humains naissent égaux ; la véritable différence réside dans la reconnaissance et l’octroi de cette égalité, au sein d’une culture largement marquée par le machisme.
Luigina Forcella explique : « Je le ressentais comme quelque chose de naturel, mais je ne pensais pas devoir me battre pour obtenir un droit… Il était naturel que je l’aie. Voilà ce que je pensais : “Pourquoi ne devrions-nous pas l’avoir, nous aussi ? Nous devons, nous aussi, avoir notre propre identité.” »
La conquête du droit de vote représente, pour les femmes, l’accomplissement de la liberté. Elle signifie pouvoir exercer pleinement sa responsabilité civique, contribuer à orienter l’avenir de son époque. Il s’agit d’un événement historique profondément émouvant. Les femmes disposent désormais d’une voix dans la société et peuvent enfin l’utiliser. Elles sont libres d’exprimer leur pensée, de lui donner un contenu, de faire leurs propres choix. Le vote devient l’expression de leur manière de voir et d’interpréter la vie.
Cette conquête est le fruit de l’engagement de nombreuses femmes qui ont consacré leur vie à la défense des droits. Elle constitue un patrimoine culturel à préserver, une victoire à protéger et à transmettre, tout comme la mémoire de l’histoire. La douleur, la guerre et les luttes ne doivent jamais être oubliées. Le chemin parcouru par les femmes pour parvenir à ce nouveau destin mérite d’être connu et rappelé. L’importance de cette conquête doit être diffusée, mais aussi pleinement assimilée, car toutes les femmes ne possèdent pas encore une véritable conscience politique. Les témoignages montrent également que, lors des premières élections, le secret du vote n’est pas toujours respecté.
Comme aujourd’hui encore, le débat politique anime les familles. Chacun possède sa propre orientation. Les femmes peuvent choisir entre plusieurs partis — la Démocratie chrétienne, le Parti communiste italien, le Parti socialiste italien, le Parti d’Action, le Parti libéral italien, le Parti républicain italien et la Démocratie du Travail — ainsi que le Comité de Libération Nationale. Elles se forment afin de choisir en pleine conscience. Elles veulent décider, et elles veulent le faire avec responsabilité. Devant les bureaux de vote règnent la joie, l’enthousiasme et une longue attente. Les femmes portent leur plus belle robe, celle du dimanche, car le jour du vote est vécu comme un jour de fête. Après les années de guerre, le rouge à lèvres est rare ; de toute manière, il est recommandé de ne pas en porter. Elles sont nombreuses et, dans ce geste qui marque un tournant décisif, elles sont unies. Fortes, prêtes à ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire. Une frontière symbolique sépare désormais deux époques : la seconde reconnaît enfin la valeur des femmes. L’amour de la patrie unit les différences politiques, religieuses et culturelles. Il rassemble les êtres humains au-delà des préjugés de genre et met en lumière la valeur de la solidarité, de la collaboration et de la réciprocité. Lutter pour devenir libres, pour libérer l’Italie, pour libérer les femmes. Le vote des femmes devient ainsi un instrument de reconstruction du pays et de sa culture.
Parmi les principales artisanes de cette nouvelle législation figurent les membres de l’Assemblée constituante, connues sous le nom de « Mères constituantes ». Parmi elles : Nilde Iotti, Maria Agamben Federici, Laura Bianchini, Elisabetta Conci, Filomena Delli Castelli, Maria De Unterrichter Jervolino, Angela Gotelli, Angela Maria Guidi Cingolani, Maria Nicotra Fiorini, Vittoria Titomanlio, Adele Bei, Nadia Gallico Spano, Teresa Mattei, Angiola Minella, Rita Montagnana, Teresa Noce, Elettra Pollastrini, Maria Maddalena Rossi, Bianca Bianchi, Angelina Merlin et Ottavia Penna Buscemi.






Grâce à leur action, la Constitution italienne affirme des principes fondamentaux tels que l’égalité entre les femmes et les hommes (article 3), l’égalité dans le travail (article 37) et l’accès des femmes aux fonctions publiques (article 51).
Le combat pour le suffrage féminin s’inscrit toutefois dans une histoire plus ancienne. Anna Maria Mozzoni revendique le droit de vote des femmes et présente, en 1877, une pétition au Parlement. En 1912, Anna Kuliscioff critique la réforme qui accorde le droit de vote aux hommes tout en excluant les femmes. Elle lutte avec détermination pour les droits politiques et sociaux des femmes.
Les femmes n’ont jamais cessé de marcher ni de lutter pour leur dignité. Il est essentiel de préserver la mémoire de l’histoire, dans ses aspects les plus glorieux comme dans les plus douloureux, afin de permettre au progrès de se poursuivre.
Vidéo: Fausta Monelli (Senza Rossetto, segment 13, “Memoria”, integralité).
Fausta Monelli donne son avis sur le thème de la mémoire : la mémoire et la culture sont indissociables. La mémoire est le fondement de tout.

Revenons enfin sur les dernières étapes de l’année 1946 à travers les images de la Gazzetta Ufficiale del Regno d’Italia, qui devient la Gazzetta Ufficiale della Repubblica Italiana à la suite du résultat du référendum du 2 juin. Un chapitre particulièrement tourmenté de l’histoire italienne s’achève, après avoir commencé le 9 septembre 1943 ; cette évolution se reflète précisément dans les publications successives de la Gazzetta Ufficiale. Entre le 9 septembre et le 19 octobre 1943, l’administration de la Gazzetta Ufficiale, restée à Rome, se retrouve à fonctionner dans un contexte de vide total du pouvoir italien, devenant un instrument au service des autorités allemandes et des fascistes.
Le 19 octobre 1943, la République sociale italienne institue sa propre Gazzetta Ufficiale d’Italia. Ce n’est qu’avec le décret royal du 30 octobre 1943 que le gouvernement Badoglio officialise la création d’une série spéciale de la Gazzetta Ufficiale del Regno. La reprise des publications gouvernementales dans l’Italie méridionale intervient le 18 novembre 1943 à Brindisi. Avec la Libération, la Gazzetta Ufficiale del Regno d’Italia redevient l’organe officiel chargé des publications de l’État sur l’ensemble du territoire italien.






